Le Lieur, une monnaie locale complémentaire parmi d’autres

Une monnaie locale est complémentaire à l’euro. Elle s’ajoute mais ne se substitue pas.  Elle est locale car destinée à des échanges dans une zone géographique restreinte.

Pourquoi plusieurs monnaies ?

Vous connaissez peut-être Le Sol Violette (Toulouse), La SoNantes (Nantes), l’Eusko (pays basque), etc.  Il existe aujourd’hui une quarantaine de monnaies locales en France.

Vous connaissez peut-être aussi le WIR en Suisse (80 ans), le Sardex en Sardaigne, le Chiemgauer en Allemagne, le Bristol pound en Angleterre, etc.

Disposer de plusieurs monnaies favorise la stabilité et la durabilité. L’écosystème a besoin de diversité. Si vous choisissez de développer un plan de maïs et uniquement celui-ci sous prétexte que son rendement est meilleur, au moindre parasite l’ensemble de la récolte est perdue. Ainsi la durabilité des systèmes est optimale lorsque l’on trouve le bon équilibre entre l’efficience et la résilience qui nécessite une plus grande diversité pour augmenter la capacité d’adaptation et faire face aux difficultés qui peuvent survenir. Ce constat sur les systèmes biologiques peut être appliqué à tous les domaines.La diversité des monnaies peut ainsi permettre une meilleure adaptation aux crises.

Une monnaie locale complémentaire n’est qu’un outil pour les échanges, n’a aucune valeur intrinsèque mais de grandes potentialités économiques, sociales et environnementales.

Petite histoire pour illustrer :
Nous sommes dans une petite ville. Une jeune femme venue participer à un séminaire arrive un vendredi matin. Pas certaine de pouvoir repartir le soir même, elle réserve une chambre pour la nuit à l‘Hôtel et elle laisse en acompte un billet de 100 €, tout neuf. Puis elle se rend à son séminaire.  Le pâtissier qui vient livrer des viennoiseries dit au patron de l‘hôtel : « Cela fait 100 €».  Le patron lui donne le billet. Comme cette scène se reproduit cinq autres fois, car le pâtissier règle aussi 100 € au minotier… qui règle autant au garagiste… lui-même réglant cette somme au boucher… qui avait à régler 100 € à un représentant… lequel doit à son tour acquitter sa chambre à l’Hôtel pour 100€. Il redonne donc le billet au patron de l’hôtel.
Ce vendredi soir la jeune femme annonce que finalement elle n’aura pas besoin de la chambre d’hôtel. L’hôtelier lui rend donc un billet de 100 Euros. Elle le regarde de près. Elle le tient vers la lumière. « C’est mon billet de ce matin !». Elle sort son briquet et le brûle. «C‘était un faux billet », dit-elle en souriant, se tourne et s‘en va.

Morale : cette « fausse » monnaie de 100 euros a permis de réaliser de nombreux échanges (au moins 6, soit un chiffre d’affaires total de 600 euros). Sa qualité de « fausse » monnaie ne lui permet pas de sortir du circuit local (pas d’épargne possible ou de spéculation), donc elle va continuer à circuler tant que chacun aura confiance en elle et ne la détruira pas.

Ainsi la monnaie, ici simple papier n’ayant de valeur que pour la confiance que les individus ont bien voulue bien lui accorder, permet de multiplier les transactions et de satisfaire les besoins de chacun.

Certes l’euro remplit cette fonction MAIS

Il fuit, il rejoint des marchés financiers dans une logique spéculative. Les économistes estiment qu’environ 95 % des euros s’enfuient ainsi. Il ne sert donc pas la sphère de la production, de l’emploi et des échanges économiques. Il ne profite donc que très peu à tous.

Une monnaie locale complémentaire agit comme la « fausse » monnaie de notre histoire dans une parfaite légalité (loi relative à l’Économie Sociale et Solidaire du 31 juillet 2014) . Elle n’est ni thésaurisable, ni spéculative, elle est un intermédiaire des échanges et une unité de compte pour des échanges et encore des échanges. Elle tourne, elle circule, en circuit court et fermé, sur un territoire délimité et s’avère donc particulièrement efficace pour remplir les missions que lui sont définies sur ce territoire et pour le réseau. Elle est captive de celui-ci et offre de grandes potentialités aussi bien économiques que sociales et environnementales pour peu que chacun d’entre nous y croit. Elle réconcilie ces domaines car elle est prisonnière de ce que nous décidons d’en faire et elle ne décide plus pour nous, nous décidons pour nous avec cet outil !

Comment réalise-t-elle ses objectifs ?

C’est très simple …

Une diversité de missions prioritaires

Si toutes les monnaies complémentaires remplissent des objectifs équivalents en termes de résilience, de cohésion et de solidarité, les objectifs prioritaires qui lui sont assignés peuvent varier d’un projet à l’autre en fonction des acteurs à l’origine de celui-ci et des situations particulières des territoires. Ainsi des objectifs premiers de développement économique local peuvent être recherchés dans le cadre uniquement d’échanges interentreprises  pour les échanges de tous les acteurs du territoire (Lieur, Wir, Sonantes…); ou bien la monnaie locale peut porter des valeurs sociales et écologiques pour des échanges de biens et services entre prestataires (commerçants) et utilisateurs (consommateurs-citoyens) (Monnaies Sol…).

Le Lieur est une monnaie locale de développement économique local, une mission adaptée à son territoire.

Cependant si l’objectif premier est bien celui-ci, ses effets peuvent aller au-delà. Les différentes catégories de monnaies locales  ne sont pas nécessairement étanches : une monnaie pour le développement économique crée également du lien social et le favorise. En maintenant l’emploi, voire en le développant, un objectif social est aussi atteint. En diminuant les transports de personnes et de biens par une consommation locale favorisée, un objectif environnemental est aussi intégré. En devenant un outil de politiques publiques des missions de cohésion sociale et de solidarité sont mieux remplies.

Vous voulez en savoir davantage…
Mission d’étude sur les monnaies locales complémentaires et les systèmes d’échange locaux 1

Mission d’étude sur les monnaies locales complémentaires et les systèmes d’échange locaux 2

Rapport-PIPAME-plates-formes-echanges-interentreprises1